mercredi 17 novembre 2010

France


Quand un politicien a envie de parler d'autre chose que d'emploi, de chômage, de salaires, de retraites, bref toutes ces petites choses mesquines qui intéressent les salariés privilégiés, les assistés avec un poil dans la main, les lycéens qui vraiment feraient mieux de penser à autre chose à leur âge, les retraités qui devrait déjà dire "merci" vu qu'on les laisse toucher du pognon sans travailler, il se met à parler de La France ! Il y a toujours un point d'exclamation quand il parle de La France ! car il s'agit d'une chose énorme, un concept époustouflant, un grand machin dont on fait tous partie ! Enfin, tous, je m'entends hein.
Par exemple ok, il y a des Français musulmans.
Dans le temps on les appelait "sujets coloniaux" : le mot a changé, mais il faudrait quand même pas qu'ils oublient d'où ils viennent ! D'ailleurs il n'y a pas de minarets dans La France !, n'est-ce pas, ce qui est bien la preuve que La France ! est un pays accueillant et respectueux de la diversité.
De manière générale, il faut bien se le dire : des tas de gens dans le monde ne sont pas français. C'est dire si le danger est grand ! Pas français donc des ennemis, ou à tout le moins des rivaux. éventuellement des amis-rivaux, enfin, vous voyez, des gens dont il faut tout de même se méfier. En plus ces gens pas français ne connaissent pas le mot grève, ni service public, ni retraite, alors quoi, faut s'adapter, travailler tous ensemble, ouvriers, employés, patrons, ex-ministres du Travail pour la compétitivité de la Maison France ! Tous ensemble, tous ensemble, ouais !

dimanche 14 novembre 2010

École

Étable à enfants conçue par l'État pour que les parents puissent aller travailler, dite aussi "service public d'Éducation". L'école abrite quelques professeurs chargés de noter sur des livrets scolaires les compétences des enfants acquises à la maison. S'il reste du temps, les professeurs prévoient des séances afin d'enseigner des fondamentaux-de-base-du-socle-commun-à-tous tels que l'écriture sur cahier, la date du jour, comment reconnaître et respecter un drapeau français, comment appliquer une consigne ou encore comment répondre en faisant une phrase complète. Une cour carrée est prévue dans chaque école afin d'autoriser les enfants à hurler en courant deux fois par jour. Au bout d'une quinzaine d'années, les élèves reçoivent une autorisation écrite à postuler pour certains emplois, appelée diplôme, et un titre  honorifique de citoyen.

dimanche 17 octobre 2010

Réformer (les retraites)

Action de reprendre du fromage (avant que tout le monde soit servi).
Alors que j'étudiais les arts, j'appris que le mot forme était étymologiquement cousin de cette primale géométrisation du lait par filtrage que nous appelons fromage. D'où les confusions possibles forme-fourme-frome-mrofe, etc. Mais, alors que la réfourme ne germa jamais dans l'esprit des producteurs auvergnats, voilà que les  hauts toqués de chez nous entreprirent de taillader nos retraites à coups de couteau cornu. L'opération consiste à prendre un fromage bien fait (un système de retraites par répartition par exemple, avec de belles tranches prédécoupées selon le nombre de convives), à en évider le contenu afin de n'en conserver qu'une croûte extérieure faisant figure de maintien du système. On n'avait jusqu'à présent vu ça que dans les recettes de fondue forézienne. Faites ensuite passer le plateau et regardez la tête de ceux qui essaient de prendre leur part. Profitez de cet instant de désarroi pour leur proposer l'achat de ce qui manque. Bravo, vous avez opéré une réforme selon les us en vigueur. Bon appétit.

dimanche 3 octobre 2010

Rap (violence du)

Le rap est par essence misogyne et violent. J'en veux pour preuve cette phrase assenée sans vergogne par son auteur : "j'ai envie de violer des femmes, de les forcer à m'admirer". 
Ah non, ça c'est Sardou.
Le rap et la chanson française sont par essence misogynes et violents. Pas de quoi être fier quand on fredonne : " You better run for your life if you can, little girl / Hide your head in the sand little girl"
Ah non, ça c'est les Beatles.
Le rap, la chanson française et la pop anglaise sont par essence misogynes et violents. Les hommes y étant sur-représentés, ce n'est pas étonnant.  Les hommes sont par essence misogynes et violents. Nous atteignons donc des sommets de brutalité : "Il me fout des coups, il me prend mes sous, je suis à bout mais voyez-vous que voulez vous, je l'ai tellement dans la peau..." 
Ah non, ça c'est Mistinguett.
Ad lib.

mercredi 22 septembre 2010

Henné

Substance naturelle qui sert à donner aux cheveux une couleur qui ne l'est pas. Le henné se présente en poudre qu'on arrose d'eau chaude, un peu comme une soupe lyophilisée sauf qu'il faut former une pâte, un peu comme celle à crêpes, et s'en badigeonner généreusement le crâne. Ensuite on attend, la chevelure vrillée dans un turban de boue rouge qui sèche lentement, un peu comme une déjection bovine sous le soleil de septembre.
Étant une technique ancestrale, le henné immobilise le sujet durant  un laps de temps incompatible avec la vie moderne. Le henné suspend le vol du temps du teinté, un peu comme une pause déjeuner obligatoire, une RTT forcée, des congés à prendre avant fin mai ou tout ce qui empêche de ne pas vivre.
Si je vous écris tout ça ce soir, c'est parce qu'il faut bien que j'optimise mon temps ancestral.

lundi 13 septembre 2010

Bouledogues


De toutes, façons, je n'aime pas particulièrement les chiens - mais enfin, c'est vrai que quand on en croise un dans les bonnes conditions, par exemple lors d'une promenade en forêt, courant la langue pendante, le regard fou, la queue frétillante, quand on croise donc un chien dans le même état, on ne peut s'empêcher de ressentir une certaine sympathie pour ces créatures, certes pas très futes-futes, mais qui ont un certain charme simple et honnête.
Mais franchement les bouledogues ! Ils sont moches et ils bavent. Et Churchill était toujours comparé à un bouledogue. En fait, voilà qui est tout à fait adéquat.

jeudi 2 septembre 2010

Aplomb


On peut reprocher toutes sortes de choses aux autorités qui planent loin, loin au-dessus de nos têtes : de présider à un système injuste, de faire fi de leurs propres principes déclarés, de s'enrichir sur le dos du populo, d'avoir mauvais goût en matière vestimentaire et culturelle et même à l'occasion de ne pas dire toute la vérité. A l'occasion s'ajoute la goutte qui fait déborder le vase, la paille qui casse le dos du chameau, la petite phrase qui enfonce bien le clou : oui, on nous prend pour des cons. Ainsi j'apprends hier que trois soldats français ont été blessés en Afghanistan. Dans un premier temps je me réjouis bien sûr de ce coup porté à la domination impérialiste dans ce pays. Voilà pourtant qu'il est précisé que ce sont les tirs d'autres soldats français qui ont touché les blessés. Décidément les nouvelles sont excellentes : l'armée française est tellement incompétente que la résistance afghane n'a même pas besoin de prendre de trop gros risques, il suffit d'attendre que les militaires se tirent eux mêmes des balles dans le pied, s'écrasent les doigts en enfonçant des clous dans le mur, marchent sur des peaux de banane, se coincent le nez dans leur téléphone portable... Fi ! Voilà que ma joie est gâchée par l'explication de l'Etat-major, laquelle consiste en cette observation stupéfiante : "l'enquête n'a révélé aucune erreur individuelle ou collective." Voilà : trois bonshommes se sont retrouvés à l'hôpital, et personne n'y est pour rien, ni le soldat d'en face qui a cru qu'il s'agissait de talibans, car se méprendre sur l'identité d'une personne ne constitue apparemment pas une "erreur", ni la chaîne de commandements qui aurait pu penser que le terrain, la visibilité, les uniformes employés, bref la combinaison de toutes ces circonstances rendaient l'incident probable - cela non plus n'est apparemment pas une erreur... Les soldats français se tirent les uns sur les autres, mais c'est compatible avec un fonctionnement parfait de l'institution - et on nous explique qu'il n'y a eu d'erreur nulle part, ce qui montre sans doute aussi l'impeccabilité du système d'investigation interne de l'armée, ainsi que l'irréprochable mécanisme de responsabilisation démocratique des forces armées. Ah, mais j'oubliais certaines précisions cruciales : "Les soldats touchés, affirme l'EMA, étaient équipés d'EBI (éléments de balisage individuels) et de "bipeurs" émettant un flash infrarouge. Problème : à 800 mètres, celui-ci n'est pas détectable, et les caméras thermiques, qui ne détectent que les différences de chaleur, ne le voient pas." Un "problème" qui ne saurait cependant causer la moindre erreur, apparemment.